Covid-19 : « Le vaccin est un exemple de réussite européenne » (Enrico Letta)

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Covid-19 : « Le vaccin est un exemple de réussite européenne » (Enrico Letta)

Pour l’ancien Premier ministre italien, l’Europe a montré, avec la crise sanitaire, sa capacité à être efficace, à la fois sur la campagne de vaccination et sur le plan de relance. Elle doit dorénavant s’affirmer davantage.

Pourquoi lui ?

Enrico Letta est un homme politique italien, ancien président du Conseil des ministres de l’Italie (2013 – 2014) et secrétaire général du Parti démocrate (PD) depuis mars 2021. Proche idéologiquement de la deuxième gauche et de Jacques Delors, il est un fervent proeuropéen.

Pour l’Éco. Qu’est que la crise du Covid-19 a changé dans la manière de structurer les politiques européennes communes ?

Enrico Letta. La pandémie a permis de tirer deux grandes leçons.

La première est que l’Europe, quand elle agit d'une seule voix, est plus performante. Et cette efficacité rend les citoyens plus europhilesAu début, tout le monde espérait que l’épidémie s’arrête toute seule. Après, nous nous sommes rendu compte que nous allions devoir agir conjointement pour freiner cette crise sanitaire.

Les États européens ont alors délégué aux structures européennes des compétences communes et uniques grâce auxquelles l’Europe a su gérer l’extension du virus.

La deuxième leçon concerne l’efficacité économique. En quelques semaines de travail, nous avons surmonté des tabous existants depuis longtemps dans le débat européen, comme celui de la dette commune, des eurobonds ou des investissements communs.

Éco-mots

Euro-bond (euro-obligation)

Système d’emprunt en commun entre les différents pays de la zone euro. Les obligations sont émises au niveau européen, et non national, avec un taux d’intérêt unique. Jacques Delors imagine ce concept en 1993 pour financer des projets d’avenir. Cette idée est particulièrement populaire chez les partisans d’une Europe plus fédérale.

Aujourd’hui, le plan de relance Next Generation EU est constitué de fonds d’investissement communs capables de donner aux pays européens une capacité de performance et de compétitivité inconnues auparavant.

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L’Europe ne doit pas servir uniquement pour résoudre des problèmes perçus comme étant institutionnels par les citoyens, mais aussi des problèmes concrets.
Enrico Letta,

secrétaire général du Parti démocrate (PD) italien.

Auriez-vous un exemple de cette réussite européenne dans la gestion de la crise ?

Le vaccin est un bon exemple de ce que veut dire une coopération factuelle, opérationnelle et constructive. Cet exercice commun a été poussé par les investissements européens et par une gouvernance unitaire européenne.

Tout cela a permis à l’Europe d’être aujourd’hui un continent leader en matière vaccinale.

Que doit changer l’Europe pour avoir une aussi grande influence mondiale que la Chine ou les États-Unis ?

L’Europe doit « s’affirmer ». Nous avons besoin et nous avons la capacité de construire une Europe plus forte et souveraine, capable de gérer sa propre action, sans se faire marginaliser par les États-Unis et la Chine.

Si l’Europe avait des compétences exclusives dans des domaines essentiels aujourd’hui, comme la santé, elle pourrait avoir un rôle beaucoup plus important au niveau international.

Malheureusement, elle ne possède pas encore ces compétences. Il faudrait donc changer les traités pour donner à l’Europe ce pouvoir qu’elle mérite.

Éco-mots

Principe de subsidiarité

Consiste à réserver uniquement à l’échelon supérieur – ici l’Union européenne (UE) – ce que l’échelon inférieur – les États membres de l’UE – ne pourrait effectuer que de manière moins efficace. Le principe de subsidiarité ne s’applique qu’aux questions relevant d’une compétence partagée entre l’Union et les États membres. Il ne concerne pas les domaines relevant de la compétence exclusive de l’Union (ex : politique de la concurrence), ni ceux qui demeurent de la seule compétence des États (ex : droit de la nationalité).

Enrico Letta a participé à la rédaction collective de l’ouvrage Renaissance, regroupant à l’initiative du Medef, une quinzaine de personnalités, et qui détaille vingt propositions pour refonder l’entreprise, la France et l’Europe.