L'Europe, est-ce qu'elle nous protège vraiment ?

Monde

L'Europe, est-ce qu'elle nous protège vraiment ?

L'UE est perçue comme un symbole d’ouverture et un tremplin économique, mais on lui reproche de provoquer, entre autres, « dumping » social et concurrence déloyale.

Pages animées par Martine Peyrard-Moulard, professeur d'économie. Ce débat est un exercice réthorique et ne représente pas nécessairement les opinions des participants et participantes. 

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Oui, elle est attractive !

Antoine Garnero, Élève de Terminale ES à l'Institut Sainte Geneviève (au moment de la parution dans le magazine), Paris 6e

L’Europe est une chance. C’est un grand marché, qui profite à tous ses membres : les entreprises deviennent plus productives, ont davantage de commandes, créent des emplois.

Elles mènent de grands projets (Airbus ou les hélicoptères Tigre avec l’Allemagne). Elles partagent leurs savoirs technologiques. Grâce à la protection du TEC (Tarif extérieur commun), elles concurrencent les entreprises chinoises ou américaines tout en protégeant les consommateurs.

Ils ont plus de pouvoir d’achat, car grâce à la concurrence intrazone, les produits sont moins chers et de meilleure qualité. L’Union est la première puissance commerciale au monde et le niveau de vie des Européens est l’un des plus élevés.

L’Europe, c’est aussi la libre circulation des hommes avec l’espace Schengen, mais aussi des jeunes et des connaissances avec Erasmus ; nous pouvons devenir plus qualifiés pour travailler dans d’autres pays, de l’UE ou d’ailleurs.

La France est le pays le plus visité par ses voisins : près de 80 % des touristes venaient d’Europe en 2018. L’Europe est attractive économiquement, elle accueille des entreprises, mais aussi des populations qui fuient leur pays – les migrants occupent souvent des emplois dont les nationaux ne veulent pas.

L’Allemagne a, dans ce contexte, beaucoup accueilli. Grâce à l’UE, les pays membres se développent. Ce fut le cas des ex-pays socialistes : en intégrant l’Union, ils ont pu connaître la croissance, l’emploi et la hausse du niveau de vie.

Beaucoup sont devenus, par exemple, de vrais ateliers pour l’industrie automobile allemande. La Politique agricole commune (PAC) aussi est un « plus » de par son soutien à l’agriculture, notamment biologique et par ses limitations de production et d’importation de produits OGM.

L’Europe c’est aussi une monnaie, l’euro, chez 18 des 28 membres, qui concurrence le dollar. Sans l’euro, la France aurait une monnaie faible en raison de ses déficits et de sa dette de plus de 100 % du PIB. Le taux d’intérêt serait aussi beaucoup plus élevé.

L’UE, enfin, c’est aussi plus de pouvoir à 28 que seul, face à la Chine, l’Inde ou les États-Unis. 

En Chiffres

31 200 Euros

C’est le PIB par habitant qui représente le niveau de vie en France en 2017. Dans l’UE, le Luxembourg a le niveau de vie le plus élevé : 75 800 euros, suivi de l’Irlande – 55 200 euros. Les Bulgares, avec un PIB par habitant de 14 700 euros, sont les moins riches.

Pas tellement... l'Euro n'est pas adapté

Simon Draber, Élève de Terminale ES à Institut Sainte Geneviève, Paris 6e

L’UE telle qu’elle fonctionne ne protège ni les entreprises ni les populations.

D’abord parce que les pays membres n’ont pas réussi à harmoniser leur fiscalité et que cette concurrence interne nuit aux entreprises françaises qui supportent les prélèvements fiscaux et sociaux les plus lourds.

C’est un véritable dumping fiscal et social qui entraîne des délocalisations, de la désindustrialisation et des pertes d’emploi. La chaîne de valeur réalisée par les entreprises au niveau européen favorise le chômage en France.

Le secteur industriel ne pèse plus que 11 % du PIB dans l’Hexagone. Autre problème : les travailleurs détachés qui font disparaître entreprises et emplois, par exemple dans le transport routier.

Éco-mots

Travailleur détaché

La directive européenne autorise toute entreprise de l’UE à envoyer temporairement ses salariés dans un autre pays membre. Ces travailleurs « détachés » bénéficient des conditions de travail du pays dans lequel ils vont travailler, mais les charges sociales restent celles de leur pays d’origine. Les écarts de coûts salariaux pénalisent les entreprises qui supportent les taxes sociales les plus lourdes.

On ne peut dire que l’UE protège ses ressortissants contre les importations de produits nocifs : les grands groupes comme Monsanto et les lobbies ont plus de pouvoir que l’Europe pour imposer leurs pesticides.

La PAC, trop productiviste, fait disparaître les petites exploitations : à la clé, près d'un suicide tous les deux jours chez les petits agriculteurs !

L’arrivée des migrants a suscité beaucoup de craintes. Certains pays, comme la Hongrie, ont construit des murs !

En France, beaucoup invoquent l’incapacité à les accueillir, le taux de chômage, le terrorisme… Cela explique la montée des populismes et de l’euroscepticisme.

Quant à l’euro, il n’est pas adapté à notre économie, pas assez compétitive pour supporter une monnaie trop forte pour elle, mais qui convient aux produits allemands.

De même, au niveau du budget français, la contrainte des critères de finances publiques (3 % du PIB pour le déficit public et 60 % pour la dette publique) est trop forte.

D’ailleurs, la France remet en question son système de protection sociale pour satisfaire ces critères. Au niveau militaire, l’UE reste sous la « protection » de l’OTAN et la plupart des pays en sont membres.

Bref, il n’est pas sûr que si les Français se prononçaient à nouveau sur l’UE, ils seraient plus nombreux qu’en 2005 à lui dire oui ! 

Éco-mots

Principe de subsidiarité

C’est un principe fondamental de l’UE. Le traité de Maastricht l’a introduit pour signifier la répartition des compétences entre les niveaux européen et national. Le niveau national doit l’emporter sauf si le niveau européen peut effectuer la mission de manière plus efficace. Ainsi la politique monétaire est européenne et les politiques budgétaires restent au niveau national.