Otan, UE, résistance de l'Ukraine... Trois mauvaises surprises pour Poutine, par Jean-Marie Colombani

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Otan, UE, résistance de l'Ukraine... Trois mauvaises surprises pour Poutine, par Jean-Marie Colombani

Dans sa chronique du mois, Pour l'Éco donne la parole à Jean-Marie Colombani, président de Slate, ancien directeur du Monde et président du comité éditorial de Pour l'Éco. Il nous parle de la guerre en Ukraine, de Vladimir Poutine et de la situation dans laquelle nous nous trouvons, nous Européens.

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Jean-Marie Colombani, président du comité éditorial de Pour l'Eco

Voici donc revenu le temps de la guerre. Alors que l’on croyait l’angoisse et les dégâts qu’elle suscite enfouis dans la mémoire de nos anciens. Pour un président qui annonçait, en début de mandat, « le retour du tragique », Emmanuel Macron est servi, et nous avec lui !

Notre siècle, qui s’était ouvert le 11 septembre 2001 par l’irruption d’une vague terroriste, non encore totalement réduite, se poursuit avec la terrible marche arrière décrétée par Vladimir, telle que la subissent aujourd’hui femmes, enfants et résistants ukrainiens.

Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 22 ans, a progressivement installé à son profit une dictature mâtinée de kleptocratie. Il cherche à assouvir une ambition impériale nourrie par un véritable révisionnisme historique. Lequel le conduit, entre autres, à rendre la France et l’Angleterre responsables de la Seconde Guerre mondiale et à réhabiliter Staline.

Ses objectifs sont d’affaiblir l’Union européenne et de profiter de ce qu’il croit être le déclin américain. Il cherche à rétablir aux frontières de la Russie une zone protectrice, telle que celle qui existait autour de l’Union soviétique.

S’y ajoute la volonté de réunir les russophones. Il veut une « Grande Russie » composée de la Russie, de la Biélorussie – qui est déjà satellisée – et de l’Ukraine, qu’il faut réduire pour y installer un gouvernement fantoche. Il avait déjà testé le niveau de riposte occidentale, d’une part en Géorgie, avec la quasi-annexion de deux provinces séparatistes, puis avec l’annexion pure et simple de la Crimée, en 2014.

Un retour en force de l'OTAN 

Cette fois, en revanche, il a dû enregistrer trois mauvaises surprises : il a pratiquement ressuscité l’OTAN, laquelle avait cru pouvoir interroger son utilité dans une Europe pacifiée ; le danger qu’il représente a convaincu l’unanimité des Européens de faire front et il a ainsi donné à l’Union européenne, et à tous ses membres, une puissante raison de continuer à se structurer, y compris par un effort propre de défense ; et enfin, il a pu découvrir que les Ukrainiens, même lorsqu’ils sont russophones, entendent défendre l’intégrité et l’indépendance de leur pays, en faisant preuve d’une capacité de résistance que l’armée russe n’avait pas anticipée.

Cette situation nous expose à deux risques, celui d’une escalade militaire d’une part, mais aussi celui d’un ralentissement de la croissance mondiale, alors même que commençaient à se dissiper les effets négatifs de la crise sanitaire liés au Covid-19.

Elle nous place également devant un choix essentiel : aller plus loin dans les sanctions économiques qui ont été décrétées par les États-Unis et l’Union européenne signifierait l’arrêt des achats de gaz et de pétrole russes, dont il est clair que le produit finance aujourd’hui la guerre.

Les Européens hésitent, pour ne pas porter atteinte à notre mode de vie. Mais pour défendre nos libertés, celles-là mêmes que défend l’Ukraine, quel prix sommes-nous prêts à payer ?

Jean-Marie Colombani

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couv_plLa France peut-elle s'inspirer des politiques économiques réussies des autres pays du globe ? C'est le sujet qu'a choisi de traiter la rédaction de Pour l'Éco ce mois-ci. À retrouver en kiosque et en ligne.