Pourquoi les contribuables américains n’ont pas fini de payer la guerre en Afghanistan

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Pourquoi les contribuables américains n’ont pas fini de payer la guerre en Afghanistan

Le coût de ce conflit pour les États-Unis dépasse déjà les 2 000 milliards de dollars. Mais la facture risque encore de s’élever dans les années à venir entre financement de l’emprunt et soins apportés aux vétérans…

« Je n’allais pas prolonger cette guerre éternelle et je n’allais pas prolonger une sortie éternelle », a déclaré Joe Biden, mardi 31 août, depuis la Maison Blanche.

Même en dépit d’une baisse conséquente de sa popularité, affectée par les images de chaos à Kaboul, le président américain assume et justifie le retrait américain d’Afghanistan. Le coût économique de cette guerre n’y est sans doute pas pour rien.

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Selon une étude du Watson Institute de l’université Brown aux États-Unis, le gouvernement américain a dépensé 2 261 milliards de dollars (1 940 milliards d’euros) depuis le début de cette guerre (cela inclut les opérations en Afghanistan et au Pakistan), ce qui en fait tout simplement le deuxième conflit le plus coûteux de leur histoire après la Seconde Guerre mondiale (4 100 milliards de dollars en prenant en compte l'inflation, selon l’université américaine de Norwich).

Mais malheureusement pour les contribuables américains, la facture est loin de s’arrêter à ces montants colossaux.

Un endettement massif jusqu'en 2050

Au lieu de financer la guerre par l’impôt, le gouvernement américain a fait le choix de mener le conflit afghan à crédit. « Le gouvernement américain s’est tourné vers la dette pour financer les emprunts destinés à ce conflit, explique Pierrick Le Jeune, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialiste de l’Afghanistan. Et il va falloir assumer le remboursement de cette dette jusqu’en 2050. Le seul coût du capital va démultiplier le montant de la facture finale. »

Signe de l’importance des montants en jeu, la dette contractée pour financer les dépenses directement liées à la guerre (coût des équipements, salaire du personnel, financement des opérations…) a déjà entraîné des paiements d’intérêts cumulés de 530 milliards de dollars selon les calculs du Watson Institute. Soit, à date, quasiment un quart du coût total du conflit.

Aucune guerre précédente dans l’histoire des États-Unis n’avait été entièrement financée par la dette. J’appelle les conflits en Irak et Afghanistan les « guerres cartes de crédit » (« Credit Card Wars » en version originale, ndlr).
Linda J. Bilmes,

Professeure de finances publiques à Harvard. The Credit Card Wars : Post-9/11 War Funding Policy in Historical Perspective, 2017.

« Lorsque la guerre est financée par la dette, les coûts sont beaucoup plus élevés que lorsqu’elle est financée par l’impôt, analyse Heidi Peltier, directrice de recherche à l’université de Boston explique dans un article de recherche sur le coût du conflit et de la structure de son financementMême après la fin de l’intervention militaire, le paiement d’intérêts va continuer d’augmenter et de peser sur les États-Unis, gaspillant de plus en plus les dollars des contribuables américains en paiements d’intérêts plutôt que vers des investissements productifs. »

Le seul paiement des intérêts pourrait donc, d’ici à la moitié du siècle, dépasser le coût de fonctionnement du conflit, soit plus de 1 000 milliards de dollars, estime la chercheuse.

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Le coûteux financement des soins des vétérans

Et les mauvaises nouvelles ne s’arrêtent pas là. Les calculs sur le coût du conflit ne prennent pas en compte la prise en charge des frais de santé des vétérans. Plus de 775 000 soldats américains ont servi au moins une fois en Afghanistan, selon le Washington Post. En 20 ans, les États-Unis ont d’ailleurs déjà dépensé 296 milliards de dollars sur ce seul poste budgétaire, selon le Watson Institute.

Les frais sanitaires et funéraires futurs pour l’ensemble des vétérans « supposent un coût additionnel gigantesque qui peut globalement être évalué à 2 000 milliards de dollars », estime Pierrick Le Jeune.

Des sommes qui ont sans doute incité, au-delà des réflexions sur la place des États-Unis dans le monde, les deux derniers présidents américains à se retirer au plus vite des théâtres d’opérations extérieures.