JO 2024 : trop peu, trop tard, le sous-investissement public ne permettra pas d'avoir 80 médailles françaises

Politique économique

JO 2024 : trop peu, trop tard, le sous-investissement public ne permettra pas d'avoir 80 médailles françaises

Investissements insuffisants, trop tardifs et mal ciblés : les objectifs rabâchés aux athlètes olympiques par Emmanuel Macron semblent difficilement atteignables.

« Se dire qu'on va faire 90 médailles en trois ans… C'est non. » Le dix fois champion du monde de judo Teddy Riner a douché les ambitions d’Emmanuel Macron, alors que le président de la République  venait d’exhorter les athlètes olympiques français réunis à l’Élysée à « mettre les bouchées doubles », à « faire beaucoup plus » pour préparer les JO de Paris de 2024. « Parce que ce sont nos Jeux à la maison et que c’est attendu. » 

La prestation des Bleus aux Jeux Olympiques 2020, revenus de Tokyo avec 33 médailles, n’a pas convaincu l’exécutif ; il faut dire que c’est 9 breloques de moins qu’à Rio, en 2016. Et ce, alors qu’Emmanuel Macron a amorcé sous son quinquennat une hausse du budget du ministère des Sports – après des années de diète sous Hollande. 

D’après le projet de loi finances publié le 22 septembre, 987 millions d’euros, plan de relance compris, seront budgétés pour les sports en 2022. En hausse constante depuis 2019, ce financement s’établissait à 808 millions en 2021.

Pas suffisant, pour l’économiste du sport Pierre Rondeau : « Ce budget est gonflé artificiellement par celui de la Solideo, la société chargée de la construction des infrastructures olympiques », qui représentera 263 millions d’euros en 2022, contre 225 millions cette année.

« On ne construit pas un plan de relance trois ans avant une compétition »

Et surtout, trop tard. « Il fallait investir déjà sept ans en arrière dans le sport, massivement », tance Teddy Riner à l’issue du discours, résumant la pensée de nombreux professionnels. À l’instar de Vincent Gérard, gardien et champion olympique de handball, qui explique au micro de RMC : « Ceux qui seront champions en 2024, on les connaît déjà. On peut les aider, les accompagner, mais on ne va pas les sortir du panier trois ans avant. »

Bref : l’objectif assumé le 10 septembre par le ministre des Sports Jean-Michel Blanquer de 80 podiums en 2024 (soit le double de la récolte de 2016 à Rio) reste une douce chimère. Et il faudra bien plus de 33 médailles, dont 10 d’or, pour atteindre le « Top 5 », comme le souhaite Emmanuel Macron : la 5e place, au Japon, est revenue au Comité olympique russe, avec 71 médailles dont 20 d’or.

Pierre Rondeau abonde dans le sens de Teddy Riner : « On ne construit pas un plan de relance trois ans avant une compétition. Les Anglais ont agi en 1996, après les JO d’Atlanta, pour avoir des résultats dix ans plus tard, en 2008. »

L’excellence ou l’universalisme

5 août 1996. C’est pour la Grande-Bretagne un coup de Trafalgar : ses athlètes se classent 36e au tableau des médailles des JO d’Atlanta, et ne récoltent qu’une malheureuse médaille d’or. « Never more », décident les Britanniques : en janvier 1997, l’organisme UK Sport est créé. Il investit dans le sport de haut niveau 629 millions de livres (800 millions d’euros) entre 1997 et 2013.

Son objectif ? Des résultats sur le long terme, jusqu’à huit ans après le début de l'investissement : « Nous soutenons essentiellement les athlètes et les sports que nous estimons capables d'obtenir une médaille aux prochains JO ou aux suivants », détaille en 2012 la directrice d’UK Sport, Liz Nicholls, à Libération. En 2000 et 2004, l’Angleterre décroche à Sydney puis Athènes la 10e place du classement ; en 2008, à Pékin, elle termine 4e. La machine est en marche.

« Macron a raison lorsqu’il dit que les Anglais font mieux avec moins d’argent public, indique Pierre Rondeau. Ils se spécialisent dans les disciplines capables de ramener des médailles et ne cherchent pas, comme en France, l’universalisation des aides. C’est un choix : vise-t-on l’excellence ou l’universalisme ? »

« En France, on aide un peu tout le monde »

Claude Onesta a fait son choix. Le manager général de la haute performance au sein de l’Agence nationale du sport a rendu en janvier un rapport au ministère des Sports, dans lequel il propose 14 pistes pour assurer la réussite de la France aux JO 2024. Notamment un accompagnement accru des athlètes qui ont trébuché juste avant le podium tokyoïte (ils sont une trentaine de Français à terminer entre la 4e et la 6e place), mais surtout une meilleure définition de la haute performance. 

« Un des problèmes perçu dans cette organisation est que sous le chapeau de haut niveau on met à la fois une gamine détectée qui rentre dans la filière sport et aussi un Teddy Riner ou un Renaud Lavillenie, expliquait l’ancien sélectionneur de l'Équipe de France masculine de Handball à L'Équipe en 2018. Et malheureusement, c’est ce qui fait que, parfois, on ne sait pas trop de quoi on parle. »

« C’est vrai, réagit Pierre Rondeau. On n’a pas déterminé quelles étaient les disciplines pourvoyeuses de médailles, auxquelles il fallait se consacrer, et les autres. En France, on aide finalement un peu tout le monde. On aurait pu faire le choix de ne pas aider les fédérations des disciplines non olympiques. » 

Parmi les disciplines non olympiques financées par l’Agence nationale du sport (ANS), on peut citer la boxe française, le jeu de balle au tambourin, ou encore le kick-boxing.

« Le karaté a toujours reçu des subventions, par exemple. » Avec d’excellents résultats : le Français de 24 ans Steven Da Costa a remporté la médaille d’or des -67 kg à Tokyo, lors de l'apparition inédite de ce sport au tableau des disciplines olympiques. Un événement qui restera, malheureusement pour la France, une exception : le karaté ne figurera pas au programme des JO de Paris.