C'est quoi l'OCDE, l'organisation internationale qui compare les pays ?

Politique économique

C'est quoi l'OCDE, l'organisation internationale qui compare les pays ?

À coups de tableaux Excel, les experts de l’organisation comparent minutieusement les systèmes économiques des pays membres. Coulisses.

CouvPleco40.jpgLa France peut-elle s'inspirer des politiques économiques réussies des autres pays du globe ? C'est le sujet qu'a choisi de traiter la rédaction de Pour l'Éco ce mois-ci. À retrouver en kiosque et en ligne.

Dans l’une des centaines de cases de son tableau Excel, Marie-Clémence Canaud repère une anomalie. Les soins des enfants en établissement de longue durée ont augmenté de 262 % en un an dans ce pays membre de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Elle doute de la fiabilité de ce chiffre et décide de remonter à la source.

Depuis le château de la Muette, dans le 16e arrondissement de Paris, la coordinatrice des statistiques de la santé à l’OCDE joint l’agent, au ministère de la Santé de ce pays, chargé de collecter les informations. C’est lui qui a répondu aux questionnaires envoyés par l’OCDE en décembre après avoir obtenu les données auprès des institutions de son pays. Il fournit aussi la méthodologie du recensement, élément essentiel pour s’assurer de la fiabilité et de la comparabilité des données.

Ce travail de vérification occupe cinq personnes dans le service de Marie-Clémence Canaud, de février à juin, chaque année. Ils sont médecins spécialisés en santé publique, économistes, détachés de ministères ou statisticiens.

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Avec leurs tableurs, ils cherchent à comparer les politiques sanitaires des 38 pays membres de l’OCDE. Qui dépense le plus pour la santé ? Combien de médecins travaillent dans le secteur hospitalier ? Ou encore, combien d’adultes et d’adolescents vapotent quotidiennement ?

Mille cinq cents indicateurs composent ainsi la base de données de santé de l’OCDE. Ils sont élaborés par les analystes eux-mêmes, selon les priorités des pays membres. Ces indicateurs servent, entre autres, à publier le « Panorama de la santé », en novembre.

Le Japon obsédé par la vieillesse

Cette analyse constitue l’une des raisons d’être de l’OCDE, fondée en 1948. Jusqu’en 1961, elle s’appelait Organisation européenne de coopération économique et veillait à l’administration et à l’efficience des fonds du plan Marshall. Depuis, elle poursuit cette logique de rationalité : à travers la comparaison internationale, elle donne les clés pour déduire quels systèmes fiscaux, sociaux, éducatifs etc. fonctionneraient le mieux.

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Et les pays paient pour ça. Le budget de l’organisation s’élevait, en 2019, à 386 millions d’euros, divisé en deux parties. La part I, régulière, est abondée par chacun des membres selon ses moyens (son PIB) : la France, par exemple, a versé 5,2 % de la part I du budget, les États-Unis 20,5 %, I’Espagne 3 %.

La part II est financée au coup par coup par les pays pour la réalisation de projets d’expertise précis. Le Japon, nous confie Marie-Clémence Canaud, est particulièrement intéressé par le financement de la vieillesse. Plus de 3 500 fonctionnaires sont employés par l’OCDE pour publier chaque année 2 000 rapports.

Par mail, l’interlocuteur répond : cette croissance étonnante relève d’une nouvelle façon de mesurer cet indicateur. Marie-Clémence Canaud intègre cette information à StatWorks, le système de gestion de données interne de l’OCDE, précise le changement de méthodologie et passe à la prochaine feuille de son tableau.

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