Tests PCR et antigéniques, combien ils coûtent ?

Politique économique

Tests PCR et antigéniques, combien ils coûtent ?

Aujourd’hui gratuits, intégralement financés par l’Assurance maladie, les tests PCR et antigéniques vont devenir payants dès octobre pour les particuliers. Décryptage de leur coût et de leur prix.

49 euros pour un test PCR et 50 euros… Pour un cycle de vaccination complet. C’est ce que coûtent à l’Assurance maladie les deux moyens d’avoir un pass sanitaire à jour, mais un seul permet la baisse de la circulation du virus : le vaccin. Et pour encourager cette solution plutôt que l’autre, les tests vont devenir payants.

Les particuliers paieront bientôt le prix de 49 euros en laboratoire. Dans son allocution le 13 juillet dernier, Emmanuel Macron annonçait la fin de la gratuité des tests sans prescription médicale mi-octobre. Pour les antigéniques, l’État aujourd’hui et les particuliers demain déboursent 25 euros.

En moyenne, chaque Français a reçu un écouvillon et demi dans le nez depuis le début de la pandémie. Le cap des 100 millions de tests a été franchi début juillet et les pharmacies enregistrent leur record d’actes en ce mois de juillet. 900 000 tests ont été réalisés en France lundi 9 août. Malgré l’accélération de la vaccination, deux millions de tests continuent d’être effectués chaque semaine.

Coûteux en réactif et en ressources humaines

Au début, les tests RT-PCR coûtaient 73,59 euros à l’Assurance maladie. “Ce montant [avait] été déterminé par analogie avec l’acte de détection de l’ARN du virus Zika”, expliquait la direction de la sécurité sociale au Monde, notamment pour que “les laboratoires développent rapidement ces tests à un moment où ils n’étaient pas pratiqués en dehors des centres hospitaliers spécialisés”.

Depuis, l’État est parvenu à négocier une diminution de 33 %. Contactés pour connaître le détail de leurs dépenses, les laboratoires pharmaceutiques n’ont pas encore accepté de nous répondre.

Toutefois le gouvernement maintient une pression pour imposer un rythme : s’ils ne parviennent pas à fournir les résultats rapidement, les laboratoires sont pénalisés financièrement. Depuis le 1er juin 2021, après 12h d’attente du résultat, les tests PCR sont rémunérés 30 % de moins.

En Chiffres

900 000

Nombre de tests réalisés le lundi 9 août, un record. Deux millions de tests continuent d’être effectués chaque semaine.

Du côté des pharmacies, la rémunération d’un test antigénique par l’Assurance maladie est passée de 33 euros à 28, pour finalement tomber à 25 euros le 1er juin dernier. “Il n’y a quasiment pas eu de négociations, c’est un tarif imposé par l’État”, s’agace Gilles Bonnefond, porte-parole Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine.

Derrière ce prix, il faut compter cinq à six euros pour l’écouvillon, “parce qu’on préfère acheter français que chinois”, précise le pharmacien de Montélimar, puis les gants, charlotte, blouse de protection… pour le personnel.

La Sécurité sociale a compté 2,70 euros pour l’indemnisation du temps passé à enregistrer le résultat sur la base de données nationales. “Un test en pharmacie nous prend au moins 20 minutes”, témoigne Gilles Bonnefond, qui a dû embaucher une étudiante pour tenir la cadence. En plus de 60 à 80 tests quotidiens et de l'activité de vente classique, son équipe réalise 60 vaccinations par jour dans son officine.

Alors quand une enquête de TF1 estime la marge à 40 %, le porte-parole pouffe : “On n’y est pas. Et on préfère ne pas comptabiliser, parce que sinon on ne le ferait pas. Si on accepte de tester autant, c’est pour endiguer l’épidémie. Et heureusement que nous sommes là, parce que les laboratoires n’arrivent plus à suivre. Les PCR représentaient 75 % des tests, 25 % pour les antigéniques. Depuis cet été, les pharmacies en réalisent autant que les laboratoires.”

En Chiffres

120 millions d’euros par semaine

Coût du remboursement des tests pour l’Assurance maladie

Trop cher pour l’Assurance maladie ?

"En Espagne, le test RT-PCR coûte entre 75 et 150 euros. En Finlande, ça coûte 249 euros", rappelait Luc Duquesnel, président de la branche "généralistes" de la Confédération des syndicats médicaux français mercredi 11 août sur franceinfo.

Des prix qui reflètent des choix économiques et politiques. Pour les réguler, les gouvernements avaient deux options, selon Carole Milcent, économiste spécialiste des systèmes de santé, dans les colonnes du Monde. “Soit les autorités sanitaires ne s’adressent qu’aux acteurs publics, et ont toute latitude pour fixer les prix. L’inconvénient de cette stratégie, c’est qu’elle ne garantit pas un bon accès au soin, car ces établissements sont moins nombreux que les laboratoires et ne sont pas équitablement distribués sur le territoire. Soit les autorités sanitaires font appel aux acteurs privés, ce qui permet de toucher l’ensemble de la population avec une grande proximité de l’offre. Mais dans ce cas-là, les autorités ne peuvent pas avoir le contrôle à 100 % sur les prix.”

Nous avons eu de la chance en France d’avoir ces tests remboursés. En Espagne, le test RT-PCR coûte entre 75 et 150 euros. En Finlande, ça coûte 249 euros.
Luc Duquesnel,

Président de la branche "généralistes" de la Confédération des syndicats médicaux français

"Nous avons eu de la chance en France d’avoir ces tests remboursés", jugeait le médecin généraliste Luc Duquesnel. Cette stratégie sanitaire a aussi permis de constituer une meilleure connaissance de la circulation de l’épidémie. Stratégie pour laquelle l’Assurance maladie continue de débourser entre 100 et 120 millions d’euros par semaine selon Thomas Fâtome, son directeur général.

Résultat, depuis le début de la pandémie, la campagne de dépistage a coûté à l’État français plus de 7 milliards d’euros : 2,2 milliards en 2020 et 5 milliards budgétés pour 2021.

Les comptes de la Sécurité sociale enregistrent 2,6 milliards d’euros de solde négatif imprévu, portant à 38,4 milliards le déficit de la Sécu (globalement équivalent à 2020).