Découvrez le métier de consultant en transformation digitale dans la santé

Politique économique

Découvrez le métier de consultant en transformation digitale dans la santé

Ce facilitateur de communication entre établissements et services médicaux permet au personnel soignant de se concentrer sur son métier, grâce aux outils numériques.

Septembre dernier, en région parisienne. Vanessa entame sa nouvelle vie professionnelle. Elle ne prend plus le chemin de l’hôpital, mais se rend chez son nouvel employeur, une Entreprise de services numériques (ESN). Elle a quitté ses anciens habits de soignante pour revêtir ceux de consultante en transformation digitale dans le secteur de la santé.

« Mon nouveau job consiste à équiper le personnel soignant dans les hôpitaux ou les cabinets de ville (médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, aides-soignants) en logiciels. Ceux-ci fluidifient la communication entre les différents établissements et services, améliorent l’organisation et les conditions de travail », énonce-t-elle.

Elle poursuit : « Aujourd’hui encore, dans de nombreux hôpitaux, quand un patient arrive aux urgences, le personnel soignant et administratif perd son temps à récupérer les informations le concernant : a-t-il eu son rappel de vaccin contre le tétanos ? Est-il allergique à certains médicaments ? Qui est son médecin traitant ? Souffre-t-il d’une maladie chronique ? Quel est son numéro de Sécurité sociale ? Etc. Pour le patient, c’est également pénible. Il doit répéter sans cesse les mêmes réponses : aux infirmières, aux médecins, aux radiologues, aux secrétaires. Dans les hôpitaux équipés d’outils digitaux, le personnel hospitalier se connecte de manière sécurisée au dossier du patient. Informé rapidement de son état de santé, de son historique médical, le médecin établit immédiatement le diagnostic et lance le protocole de traitement. Ce gain de temps, non seulement il sauve des vies, mais il permet au personnel hospitalier de se consacrer à son vrai métier : soigner. »

Anti-burn out

Il y aurait encore bien d’autres exemples prouvant les vertus d’une digitalisation du secteur de la santé. Citons simplement la télémédecine pour un accès pour tous aux soins, les prises de rendez-vous de consultation en ligne et les rappels automatiques dudit rendez-vous qui réduisent drastiquement le nombre de lapins que se font poser régulièrement les médecins, infirmiers et kinésithérapeutes de ville.

Vanessa a choisi ce nouveau métier pour faciliter la vie des soignants, au bord du craquage. « Je suis convaincue que c’est par l’outil qu’on améliorera l’efficacité des systèmes de santé et les conditions de travail », explique-t-elle.

Quand elle a découvert ce nouveau métier, il y a trois ans, à l’hôpital, elle éprouvait elle-même de la frustration : « J’avais choisi le métier de soignante par vocation. Mais je constatais chaque jour que j’avais de moins en moins les moyens de faire correctement mon travail. »

Un jour, une équipe de consultants vient installer dans son hôpital un nouveau logiciel de partage de dossiers médicaux des patients. Ils réunissent le personnel soignant et les interrogent sur leurs pratiques professionnelles. Ils reviennent quelques semaines plus tard avec le logiciel paramétré, c’est-à-dire personnalisé pour répondre aux besoins spécifiques de l’établissement et aident les personnels à le prendre en main.

Vanessa se propose comme référente de son service pour former ses collègues. Et ça lui plaît. « Je me suis découvert une passion à résoudre les problèmes par l’informatique », témoigne-t-elle. Pour épouser ce nouveau métier, elle est retournée un an sur les bancs de la Sorbonne, afin de muscler ses connaissances en organisation des systèmes de santé et en informatique.

Rattraper le retard français

Elle a eu le nez creux. Son nouveau métier fait partie de ceux qui connaissent, en 2020-2021, la plus forte progression d’embauches, observe le cabinet de recrutements Michael Page.

En juillet dernier, lors de la clôture du Ségur de la santé, le ministre a annoncé mobiliser deux milliards d’euros pour digitaliser les systèmes de santé et rattraper enfin le retard français en la matière.

« Il a fallu attendre septembre 2018, et le plan “Ma Santé 2022” annoncé par le président de la République, pour que soit définie une stratégie nationale. Avant, il y avait des initiatives isolées et expérimentales. Chacun adoptait son propre système. Ça ne décollait pas vraiment. Aujourd’hui, on y est, on y va. Enfin ! » s’enthousiasme Isabelle Zablit-Schmitz, coprésidente du comité Santé du Syntec numérique.

Canada, Estonie, Afrique de l’Ouest : les pionniers

Si la France a connu un retard à l’allumage, ailleurs dans le monde, d’autres pays sont partis en avance.

Les Canadiens ont plébiscité la « télésanté » pendant la pandémie de Covid-19. Entre mars et juin dernier, 47 % d’entre eux ont bénéficié de « soins virtuels », indique une étude de l’Association médicale canadienne. Dix pour cent ont vu un médecin en personne, 6 % se sont rendus dans une clinique sans rendez-vous et 5 % aux urgences. Le Canada fait partie, avec les États-Unis et la Norvège, des pays pionnier en télémédecine.

L’Estonien accède en ligne, depuis une dizaine d’années, à ses résultats d’analyses, radios, comptes rendus de consultation et ordonnances. Pour prendre rendez-vous avec son médecin traitant (dans les 72 heures), il utilise la messagerie électronique. 

En Afrique de l’Ouest, quand les médecins butent sur un cas, ils sollicitent d’autres confrères grâce à l’appli REMA (Réseau d’échanges entre médecins d’Afrique). Lancé en 2017 par le médecin béninois Sedric Degbo, ce réseau a conquis huit pays et 2 000 cas médicaux ont ainsi été résolus.

Quelles formations ?

Ce consultant est l’intermédiaire entre le monde des soignants et l’univers digital. Il doit comprendre les besoins des premiers et les outils et contraintes techniques des seconds.

Pour maîtriser ces deux mondes, il existe deux voies. L’ingénieur en informatique muscle ses connaissances du milieu médical avec un master ou mastère spécialisé en systèmes d’information dans les établissements de santé.

L’Eisti et l’université Paris-Saclay proposent des formations dans le domaine. Les soignants ou cadres hospitaliers s’initient au numérique. L’université de Montpellier offre une formation continue dans le domaine.