Écoles de commerce, la voie royale des futurs cadres en entreprise ?

Politique économique

Écoles de commerce, la voie royale des futurs cadres en entreprise ?

SÉRIE - Chaque année, ils sont des milliers de jeunes étudiants à tenter leur chance aux concours qui ouvrent les portes d’écoles de commerces. Dans un monde incertain, elles promettent un avenir professionnel radieux à leurs diplômés. Mais qu’apprennent-elles à leurs élèves, et pourquoi sont-elles si attractives ?

[Série | "Écoles de commerce, jackpot ou arnaque ?", saison 1, épisode 1/5]

« Je sais que ça va demander énormément de travail, mais je suis sûre qu’une école de commerce c’est la voie qui me correspond ».

À seulement 17 ans, Inès Morlon a déjà beaucoup mûri son projet post-bac. Cette élève de terminale dans un lycée de Perpignan, sait qu’elle veut entrer en école de commerce depuis la seconde. Ce projet a d’ailleurs été « vraiment déterminant » dans ses choix de spécialités, les modules qui remplacent les filières depuis la dernière réforme du lycée.

Derrière sa voix douce, Inès cache une volonté de fer. Déjà bonne élève, elle a la ferme intention « d’accélérer » au deuxième et troisième trimestre pour augmenter ses notes. Elle revient souvent sur l’exigence du cursus en classe préparatoire (CPGE) économique et commerciale.

« Je suis prête, j’ai même envie d’énormément travailler pour atteindre mon but », assure-t-elle. « C’est beaucoup de stress de se préparer pour l’année prochaine, surtout vu le contexte, mais je suis sûre que c’est ce que je veux faire », souligne la lycéenne.

Etudiante en ecole de commerce

Plus de 10 000 candidats en 2020

Comme Inès, des milliers de jeunes français rêvent d’entrer dans une école de commerce. En 2020, par exemple, ils sont 10 232 élèves de prépas à s’être inscrits aux concours BCE et Ecricome en 2020 qui regroupent les épreuves d’entrées aux écoles de commerce reconnues par l’État. Et le chiffre ne compte pas ceux qui veulent intégrer ces écoles directement après le bac ou via les procédures d’admission parallèles !

« Depuis les années 1970, on a une augmentation très nette et presque constante du poids des écoles de commerce sur le “marché” des études supérieures », raconte Marianne Blanchard, professeur de sociologie à l’Université Toulouse 2, qui a consacré sa thèse à ces établissements.

Mais qu’est-ce qui motive ces étudiants, à se préparer, parfois pendant des années, à passer les concours d’entrée dans ces établissements ? Qu’est-ce qu’une école de commerce, au juste ?

Pour ce qui est de leur statut, les écoles dites “de commerce” ou “écoles de management” ou encore “Business Schools” sont des établissements d’enseignement supérieur privés. C’est l’une des choses qui les distingue de l’université, par exemple. Ainsi, ces établissements dispensent des formations payantes, au prix souvent élevé, et peuvent sélectionner elles-mêmes leurs étudiants, selon leurs propres critères.

Encadrer les futurs cadres

Les écoles de commerces ont aussi la réputation d’offrir un cadre d’études qui laisse moins de place à l’autonomie qu’à l’université. « J’ai l’impression que les élèves sont plus accompagnés et ça me rassure car, je pense que ce type de cursus est plus adapté à la personnalité de ma fille », explique Alexandra, la mère d’Inès qui soutient totalement sa fille dans son projet d’études supérieures.

Etudiante en ecole de commerce

Un parcours à la carte

Du point de vue de l’enseignement, ces écoles proposent, comme leurs noms l’indiquent, des formations orientées vers le commerce et le management. « Une école de management, c’est une école assez généraliste qui prépare à l’ensemble des métiers de l’entreprise », développe Sophie Rouzaud, conseillère d’orientation pour le réseau Tonavenir dans le 15e arrondissement de Paris.

Dans une école de commerce, on peut étudier pour devenir contrôleur de gestion, chargé d’études en marketing ou encore auditeur financier… Ainsi, les parcours en école de commerce sont très personnalisables. Une chose est sûre cependant, « ces établissements préparent à accéder à des postes à responsabilités dans les entreprises ou dans les administrations », affirme l’experte.

Autrement dit, les écoles de commerce forment des futurs cadres.

Je ne suis pas encore sûre de ce que je veux faire plus tard comme métier, mais je suis attirée par le monde de l’entreprise.
Inès,

Étudiante en terminale

Cette description correspond bien aux aspirations d’Inès qui, de son propre aveu, n’est « pas encore sûre de ce que je veux faire plus tard, comme métier » mais sait déjà qu’elle est très attirée par « le monde de l’entreprise ». « Ça ne me dérange pas du tout d’avoir des responsabilités, euphémise la jeune fille qui ajoute, et un bon salaire, bien sûr. »

Les compétences pros en douceur

Pour former les cadres de demain, les écoles de commerce mettent toutes l’accent sur l’acquisition de savoir être, les fameuses soft skills.

Éco-mots

Soft skills

(Ou savoir être) Désignent les compétences professionnelles transverses d’un individu comme la gestion du temps, la créativité, ou le sens du collectif. Elles s’articulent avec les hard skills, ou savoir-faire, qui tiennent davantage aux compétences opérationnelles comme la maîtrise d’un logiciel, par exemple.

« Savoir travailler en équipe, savoir s’adapter aux situations et à son interlocuteur, chez un cadre on recherche toutes ces compétences », décrit Pierre Lamblin, directeur des études à l’Apec, l’Association pour l’emploi des cadres.

« Dans une économie en mutation, explique l’expert, les cadres sont des personnes extrêmement qualifiées qui sont devenues indispensables à tout projet d’innovation », donc indispensables tout court pour les entreprises.

« Avant la crise du Covid, on avait depuis 5-6 ans une dynamique forte sur le marché de l’emploi cadre, avec des recrutements qui progressaient de près de 10 % par an », étaye Pierre Lamblin. Une dynamique qui « finira par se relancer », selon le directeur des études.

Dans un contexte économique marqué par le chômage - celui des jeunes s’établissait à 20 % au dernier trimestre 2019 -, les écoles de commerce promettent à leurs élèves d’intégrer ce marché de l’emploi des cadres où « dans l’ensemble, on y trouve une meilleure insertion et de meilleures rémunérations », affirme l’expert de l’Apec.

Etudiante en ecole de commerce

Alexandra en est persuadée, « les écoles de commerce, ça ouvre des portes et des choix ». Selon elle, en suivant cette voie, sa fille s’assure « un bon CV, pour ses débuts dans la vie professionnelle » ce qui est d’autant plus rassurant dans « un contexte aussi incertain ».

Malgré les prix élevés et le caractère un peu flou des débouchés, le “label” école de management parvient ainsi à attirer de nombreux étudiants en se présentant comme un choix raisonnable dans un monde inquiétant. Avec leurs cursus personnalisables et le taux élevé d’insertion de certains diplômés, ces écoles apparaissent comme la solution pour les élèves qui n’auraient pas encore trouvé leur voie.

Et comme pour Inès et sa mère, beaucoup d’étudiants et leur famille considèrent que ce cursus est un investissement sûr, une sorte de valeur refuge.

Éco-mots

Valeur refuge

Bien ou un titre financier qui se caractérise par sa fiabilité et sa stabilité. L’or et l’immobilier sont des exemples de valeurs refuges prisées, surtout en temps de crise, par les investisseurs qui ne veulent pas prendre de risques avec leurs placements.

Mais toutes ces promesses sont-elles tenues ? Tout entrant deviendra-t-il un cadre flamboyant ?

En bref, ce cursus est-il vraiment sans risque ?

À suivre dans : Écoles de commerce, jackpot ou arnaque ?

Épisode 2/5 : Écoles de commerce : un diplôme au prix fort

Une fois l’étudiant décidé à se lancer dans un cursus en école de commerce, celui-ci va devoir, comme un entrepreneur, trouver des financements.

Avec des frais de scolarité qui dépassent les 10 000 euros par an, pour la grande majorité d’entre elles, les business schools se payent la réputation d’être la filière d’enseignement supérieure la plus coûteuse pour ses élèves et leur famille. Qu’est-ce qui justifie ces prix et pourquoi augmentent-ils sans cesse ?