Film : Dans Monsieur Smith au Sénat, la ploutocratie, ennemie de la démocratie

Politique économique

Film : Dans Monsieur Smith au Sénat, la ploutocratie, ennemie de la démocratie

Dans la fable politique Monsieur Smith au Sénat (1939), un jeune sénateur candide se retrouve dans la jungle cynique de Washington. Il y découvre, abasourdi, la puissance de l’argent privé sur les législateurs.

« Avec le projet du barrage de Willet Creek, celui qui prendra la place de Foley ne devra pas poser de questions. On ne peut pas laisser tomber : les terres autour du lieu ont déjà été achetées avec des noms fictifs. » Lorsque le sénateur d’un État de l’Ouest américain meurt, Jim Taylor, homme d’affaires véreux, ordonne au gouverneur local de nommer à sa place un homme de paille. 

Jefferson Smith (James Stewart), populaire chef des scouts du cru, se retrouve ainsi à faire ses valises pour Washington. Pour le businessman et les autorités politiques à sa botte, cet ingénu est le candidat idéal pour permettre au projet de loi de passer sans bruit, à son insu : « Un nigaud de premier ordre. Il cite Lincoln et Jefferson à n’en pas finir. »

Toute une nuit de Constitution

Leur plan ne se déroule pas comme prévu. Le jeune sénateur a beau être naïf, il n’est pas stupide. Il découvre rapidement le pot aux roses… et s’attire des ennuis. Trahi par un sénateur corrompu, il est victime d’une enquête montée de toutes pièces qui l’accuse de détournement de fonds publics.

Pour se défendre et ne pas être exclu du Sénat, il se retrouve, grâce à un article de règlement, à devoir prendre la parole dans l’hémicycle sans s’arrêter, le temps que la vérité puisse éclater. Il lit la Constitution américaine d’une voix lente, toute la nuit, pour pouvoir prolonger au maximum sa flibusterie parlementaire.

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Jefferson Smith plaidant sa cause jusqu'à l'agonie

Monopole sur la presse : attention danger

Jefferson Smith profite de ce monologue pour dénoncer la collusion des intérêts financiers et politiques. « Je suis coupable parce que cette loi est une mascarade. Jim Taylor contrôle tout ce qui existe dans mon État, y compris des sénateurs. (…) Il m’a offert un siège pour les 20 années à venir si je votais la construction de ce barrage frauduleux. »

Le film dénonce aussi le monopole journalistique de l’homme d’affaires tout-puissant. La voix du jeune sénateur, pourtant usée par plus de 20 heures de discours, n’arrive même pas jusqu’à son État.

« Ne mettez rien de ce qu’il dit dans nos journaux », répète en hurlant au téléphone James Taylor à tous les directeurs des médias qu’il possède, les sommant de calomnier Smith. « Faites tourner les histoires, diffamez-le en utilisant les mêmes arguments que d’habitude : “Il bloque le pays, il affame les gens…” ».

Signe de son emprise sur la presse locale, le seul journal qui défend la version du sénateur est celui édité par les scouts. Un duel médiatique légèrement asymétrique.

Making-of

Tourné en 1939, Mr. Smith Goes to Washington (en V.O.) met en scène l’écart entre l’idéal démocratique des founding fathers et ce qu’il est devenu dans l’Amérique des années 1930.

Controversé, le film sera toutefois un succès populaire, avec neuf millions de dollars de recettes. L’œuvre de Frank Capra résonne toujours, 80 ans plus tard : influence malsaine des frères Koch – soutiens financiers des Républicains – aux États-Unis , auditions récentes de la Commission d’enquête du sénat en France sur la « concentration des médias », etc.

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