Chômage : gagne-t-on plus d'argent en restant chez soi qu'en travaillant, comme l'a affirmé Emmanuel Macron ? 

Politique économique

Chômage : gagne-t-on plus d'argent en restant chez soi qu'en travaillant, comme l'a affirmé Emmanuel Macron ? 

Dans son adresse au Français pour lutter contre le coronavirus, lundi 12 juillet, Emmanuel Macron a fait un détour par la nouvelle réforme de l'assurance chômage. Il a alors prononcé une phrase qui a retenu l'attention de la rédaction de Pour l'Eco. Fact-checking.

“En France, on doit toujours bien mieux gagner sa vie en travaillant qu’en restant chez soi, ce qui n’est actuellement pas toujours le cas,” a affirmé le Président de la république pendant son allocution lundi 12 juillet 2021, à 19’35 de la vidéo retransmise sur sa chaîne youtube.

Vérifions ensemble si, effectivement, un chômeur peut avoir financièrement intérêt à ne pas travailler. 

Revoir le passage

Un premier élément de réponse vient du Code du travail. On peut y lire que “l'allocation d'assurance (...) ne peut excéder le montant net de la rémunération antérieurement perçue” (Article L5422-3, version en vigueur depuis le 01 janvier 2019). 

Dans le régime actuel de l’assurance chômage, l’allocation correspond à 44,4% du salaire moyen touché avant la période de chômage + 12,05€/jour (soit une base forfaitaire de 361,5 euros par mois). L’indemnité est plafonnée à 75% du salaire moyen dans les cas où la base forfaitaire représenterait une part trop importante de l’allocation chômage.

Lire aussi > Le nouveau calcul des allocations chômage, une précarisation des plus fragiles ?

​​​​​​​Combien touchent les chômeurs ? 

1 620 euros, c’est le salaire net moyen perçu par une personne ayant travaillé toute l’année avant la situation de chômage, selon une étude publiée par l’Unedic en 2019. Pour ce revenu, l’indemnité versée après la perte de l’emploi est de 670 euros net, soit 41% du salaire de référence, pendant 12 mois. Elle diminue ensuite, pour les 9 derniers mois de droits au chômage (23 au total). C’est la dégressivité.

“Les personnes indemnisables par l’Assurance chômage tout au long du mois perçoivent en moyenne 930 euros net”, selon le document Indemnisation des demandeurs d’emploi en 2018, publié par la Dares en mai 2021. “Un quart touche moins de 545 euros net et un autre quart plus de 1 110 euros net”

Une vieille rengaine

Cet élément de langage est apparu pour la première fois dans le discours gouvernemental lors de la présentation de la réforme de l’assurance chômage à l’Assemblée nationale par le Premier Ministre de l’époque, Édouard Philippe, le 18 juin 2019 : “Actuellement, le mode de calcul de l'allocation permet parfois aux salariés en contrats courts de gagner davantage, une fois qu'ils sont au chômage, que ce qu'ils touchaient en moyenne quand ils travaillaient. Ce n'est pas le cas pour la majorité des chômeurs indemnisés, bien entendu, mais c'est le cas pour plus de 20% des chômeurs indemnisés”

Edouard Philippe comparait le salaire d’un intermittent de l’emploi (guide conférencier, extra dans la restauration, intérimaire etc…) ayant travaillé 10 jours dans le mois, contre l’indemnisation auquel il aurait eu droit pour 30 jours de chômage.

“C’est une théorie ad hoc, sans fondement, purement politique, cynique” s'exclame Mathieu Grégoire, sociologue à l’université Paris Nanterre, avant de renchérir : “Chaque jour que vous passez au chômage, vous perdez de l’argent par rapport à une période où vous travaillez. C’est inscrit dans la loi et le calcul de l’assurance chômage”.