Sociologie

La Dgesco, usine à inventer les nouveaux diplômes 

La réforme du lycée professionnel est entrée en vigueur à la rentrée. Elle entend faire coïncider orientation, besoins en main-d’œuvre et offre de formation. La Direction générale de l’enseignement scolaire est à la manœuvre.

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© Gilles ROLLE/REA

« Voie générale ou voie professionnelle ? » Cette question, les élèves y sont confrontés dés 16 ans. Mais au sommet de l'Éducation nationale, qui tranche sur le niveau  d'études qui convient à tel ou tel métier ? Qui décide que pour devenir électricienne ou aide-soignant, il suffira de faire un CAP, un bac pro ou un BTS plutôt qu’une licence ou un master ?

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Tout part des branches professionnelles, nous répond la Direction générale de l’enseignement scolaire (Dgesco), qui coordonne l’offre de formations. Salariés et patrons s’accordent sur le manque de – jeune – main-d’œuvre et formulent une demande de nouvelle certification auprès de cette organisation, située rue de Grenelle à Paris, à cheval entre le ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports, et celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Une commission professionnelle consultative (CPC) interministérielle tranche ensuite sur la nécessité ou non de créer un nouveau diplôme ex nihilo. Elle est constituée ainsi : dix membres sont des employeurs et des salariés de la filière économique en question, six autres représentent les ministères.

Une fois la décision prise, les professionnels se réunissent, à parts égales, avec des acteurs de l’éducation (inspecteurs, enseignants et chargés d’ingénierie des diplômes). Ensemble, ils prennent au minimum un an pour élaborer un programme de formation, appelé dans le jargon « référentiel des activités professionnelles (RAP) ». Quand le projet de diplôme est finalisé, il retourne à la CPC puis est transmis au Conseil supérieur de l’éducation pour validation et publication au Journal officiel.

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À chaque région ses filières

Mais ensuite, où les jeunes peuvent-ils se former ? Tout n'est pas possible partout. Le catalogue des spécialités offertes par un lycée professionnel revient aux « acteurs régionaux » : la région, le rectorat et les partenaires professionnels, selon les besoins sur le marché de l’emploi local. « L’objectif est de fermer les formations qui n’offrent pas de perspectives d’emploi ou de poursuite d’études, et de proposer à l'inverse davantage de parcours attractifs et cohérents avec l’activité économique », peut-on lire sur le site du gouvernement. « À partir de 2024, une carte dynamique des ouvertures et des fermetures de formation à venir sur trois ans sera disponible pour l’ensemble des territoires. »

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Place désormais à la préparation de la rentrée et à la répartition des enseignants : même si l’offre s’étoffe, les effectifs, eux, restent stables d’année en année. « Les professeurs menacés par l’évolution d’une formation sont reçus individuellement par les services du rectorat. Un accompagnement personnalisé pour la concrétisation de leurs projets professionnels est alors mis en place durant les années de transition. Dans la plupart des cas, les professeurs choisissent de se former à un autre enseignement, en vue d’une évolution professionnelle dans les mêmes établissements ou dans des établissements environnants. »

Trois ans après le déclenchement du processus, les premiers diplômés sortent avec le fameux sésame. Entre autres nouveautés, à la rentrée 2023, une toute dernière génération de lycéens a pu s’orienter vers un bac pro Production en industries pharmaceutiques, alimentaires et cosmétiques alors que sont apparues de nouvelles spécialités en cybersécurité, informatique et réseaux et électronique.

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