La France est-elle attractive pour les jeunes ?

Politique économique

La France est-elle attractive pour les jeunes ?

Dans une note de novembre 2021, le Conseil d’analyse économique préconise d’intensifier les efforts engagés par la France pour attirer les étudiants étrangers et faciliter la transition études-emploi. 

OUI, grâce son excellence académique

Aïcha Tahora, étudiante en deuxième année de CPGE ECT au lycée Chevrollier, à Angers

Originaire de Madagascar, c’est vers la France que je me suis tournée pour mes études, et je ne suis pas la seule. En 2021, près de 365 000 étudiants ont intégré l’enseignement supérieur français. Classée quatrième pays d’accueil au monde derrière les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, la France possède de nombreux atouts. Le premier est un panel de cursus de qualité, permettant d’étudier dans des domaines variés – commerce, marketing, mode…

La France est en effet reconnue internationalement pour son excellence académique et de nombreuses écoles françaises font partie des meilleures dans leur catégorie. C’est le cas de la prestigieuse HEC Paris, régulièrement classée parmi les meilleures business schools de la planète.

De plus, pour attirer les étudiants internationaux, la France dispose d’un large réseau de lycées français à l’étranger, une densité unique au monde. Encadré par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), ce réseau permet de former des lycéens francophones aux programmes de l’enseignement français et, ainsi, de briser la barrière linguistique qui pourrait en dissuader certains de venir dans le pays. Étudier ensuite en France semble alors logique.

Éco-mots

AEFE 

Opérateur public sous tutelle du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, qui coordonne le réseau des établissements d’enseignement français à l’étranger. À la rentrée 2022, ce réseau rassemble 552 établissements scolaires, implantés dans 138 pays, qui scolarisent près de 380 000 élèves dont 40 % sont français et 60 % d’autres nationalités.

Ce sont aussi les conditions de vie offertes aux étudiants qui font de la France une destination attractive. Des aides au logement à l’assurance maladie, les étudiants étrangers peuvent en bénéficier au même titre que les citoyens français. En moyenne, le coût de la vie y est 17 % moins important qu’aux États-Unis et 12 % moins important qu’au Canada en 2022. Pour des jeunes dont la vie peut être précaire, ces éléments sont importants.

Enfin, il faut souligner les actions mises en œuvre par le gouvernement français. En 2019, la stratégie Choose France était lancée avec l’objectif principal d’accueillir un demi-million d’étudiants étrangers à l’horizon 2027 : simplification de la politique de visas, création d’un label « Qualité d’accueil », lancement d’une campagne de communication… Malgré l’augmentation de certains frais d’inscription pour des étudiants hors UE, de nombreux moyens sont déployés afin d’accroître l’envie de venir étudier en France. De quoi alimenter un american dream à la française, non ? »

Éco-mots

Attractivité 

Capacité d’un territoire à attirer et retenir les populations, ici des jeunes – qualifiés ou susceptibles de le devenir. Si l’objectif d’attractivité ne va pas de soi dans un contexte de mobilité croissante de la main-d’œuvre et de pénurie de compétences, c’est un enjeu pour la croissance économique.

NON, à cause de sa mentalité trop rigide

Hugo Liot, étudiant de deuxième année de CPGE ECT au lycée Chevrollier, à Angers

Ayant passé toute ma vie et ma scolarité en France, je songe à m’expatrier à la fin de mes études, en quête de plus d’opportunités professionnelles. Mon choix n’est pas isolé : en 2020, plus de 13 % des étudiants français étaient en poste à l’étranger, le Royaume-Uni étant la destination préférée des futurs managers (17,3 %). Certains pays comme l’Allemagne ou le Canada mettent en place des stratégies afin d’attirer les jeunes diplômés et les étudiants étrangers ; leur nombre y progresse plus qu’en France.

Mais pourquoi de plus en plus d’étudiants français quittent-ils le pays ? On peut d’abord souligner la quête de meilleures conditions de vie. Si on considère que l’IDH reflète le bien-être, on se rend compte que la France n’est située qu’à la 26e place, loin derrière le Canada ou les États-Unis (16e et 17e) et très loin derrière la Norvège et la Suisse (première et deuxième).

Éco-mots

IDH 

Indicateur de développement humain calculé par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) à partir du revenu national brut par habitant, du niveau de scolarisation et de l’espérance de vie. Il est une bonne alternative au PIB pour mesurer la performance économique des pays.

La France est aussi moins attractive au regard du revenu disponible des ménages, 34 375 dollars contre 51 147 dollars pour les États-Unis. Les rémunérations y sont plus faibles : en 2019, la moyenne mensuelle était de 3 524,20 dollars contre 5 492,50 dollars pour les États-Unis et 7 392,20 dollars pour la Suisse. En outre, la France est l’un des pays qui taxent le plus : 47 % de taux de prélèvements obligatoires contre 28,4 % aux États-Unis.

Mais l’élément le plus important qui pousse de plus en plus les jeunes diplômés à préférer d’autres pays que la France est sans doute la différence de mentalité.

Aux États-Unis, les opportunités professionnelles peuvent sembler plus nombreuses, le dynamisme économique plus fort, ce que prouvent les taux de croissance respectifs (2,1 % contre 1,4 sur les deux dernières décennies).

L’American dream peut encore faire rêver, là où la France apparaît comme un pays rigide où le succès et la richesse sont mal vus. Même si la réalité est loin du rêve pour certains, la réussite est encouragée outre-Atlantique, l’échec est moins grave et les démarches plus faciles. De belles carrières sont possibles pour ceux ayant le bagage nécessaire. La French touch y est même très appréciée !

Les exposés ci-dessus s’inscrivent dans un cours de rhétorique, ils ne reflètent en rien les idées et opinions personnelles des étudiants concernés.