L’autre épidémie : ces opiacés qui rongent l’économie américaine

Politique économique

L’autre épidémie : ces opiacés qui rongent l’économie américaine

Depuis 1999, ces médicaments soulageant la douleur ont rendu accros leurs consommateurs et fait plus de 450 000 morts. À qui la faute ? Autorités sanitaires, assurances et laboratoires pharmaceutiques se défaussent à qui mieux mieux. Et le reflux commence à peine.

Ses lèvres étaient bleues. Elle ne respirait plus. Son compagnon s’est précipité aux urgences d’Ellenville en hurlant qu’elle allait mourir d’une surdose d’héroïne, puis s’est engouffré dans les toilettes pour jeter dans la cuvette, au vu de tous, des poignées de cachets et des sachets de poudre blanche.

Steven Kelley, le directeur de l’hôpital, assistait à la cavalcade des infirmiers avant de s’inquiéter de la voiture du couple laissée moteur allumé et portières ouvertes devant le bâtiment. « Je me suis penché à l’intérieur, et j’ai entendu un bruit, raconte-t-il. C’était une petite fille dans son siège bébé. On l’avait oubliée là. »

La femme a survécu, par miracle, grâce à une injection de naloxone, un puissant antidote aux opiacés, mais Steven Kelley garde une certaine amertume de cet incident vieux de deux ans. « Le souvenir du visage de cette gosse abandonnée ne m’a plus quitté, dit-il. Il racontait un monde détruit, où la dope, la peur panique du manque de drogue abolissent la nature humaine. »