Tenir compte de la santé mentale, nouvel impératif politique à l’ère du Covid-19

Politique économique

Tenir compte de la santé mentale, nouvel impératif politique à l’ère du Covid-19

D’après Claudia Senik, professeure titulaire de chaire à Paris School of Economics et membre du comité éditorial et scientifique de Pour l’Éco, la politique de « stop-and-go » (freinage-relance) pèse sur le bien-être des citoyens.

ClaudeSenik.png

La lutte contre l’épidémie de Covid-19 provoque des débats animés. Les économistes Philippe Aghion et Patrick Artus ont récemment signé une tribune dans Le Monde, dans laquelle ils critiquent la politique de « stop-and-go » (freinage-relance) conduite par le gouvernement français. Cette politique consiste à assouplir les mesures restrictives de distanciation sociale comme le confinement et le couvre-feu lorsque l’épidémie recule et à les durcir de nouveau quand le nombre de cas remonte.

Pour les deux économistes, cette approche, à cause de l’incertitude qu’elle génère, fait beaucoup plus de tort aux perspectives de l’économie française que les politiques « zéro Covid » – des mesures radicales à la moindre alerte – mises en place notamment en Chine et en Australie et qui se révèlent à la fois beaucoup plus dures et beaucoup plus efficaces.

À lire : Covid-19 : Combien vaut l’utilité sociale des soignants ?

Santé et économie

On le voit, le raisonnement s’organisait autour de l’arbitrage entre santé et économie comme si, pour décider, les responsables politiques devaient simplement, dans une sorte de jeu à somme nulle, déplacer un curseur entre ces deux pôles. Or le traitement français de la crise du Covid révèle l’apparition d’un intrus, un invité surprise de la décision politique : le mental.

Toutes les enquêtes pointent la montée de la dépressivité dans la population : troubles du sommeil, anxiété, tristesse, pensées suicidaires, consommation d’alcool et d’anxiolytiques.
Claudia Senik

Professeure titulaire de chaire à Paris School of Economics, membre du comité éditorial et scientifique de Pour l’Éco

Tenir compte du bien-être subjectif et de la santé mentale des citoyens, c’est le nouvel impératif qui s’est imposé depuis le reconfinement de l’automne 2020. Toutes les enquêtes, notamment celle de Santé publique France, CoviPrev, mettent au jour la montée de la dépressivité dans la population : troubles du sommeil, anxiété, tristesse, pensées suicidaires, consommation d’alcool et d’anxiolytiques.

À lire : Combien ça coûte, un confinement ?

Ces symptômes sont également relevés par les enquêtes du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc), de l’institut de sondage d’opinion Ifop et de notre Observatoire du bien-être au Cepremap.

Ces observations sont prises d’autant plus au sérieux que ce sont les jeunes qui sont les plus touchés par le mal-être et les risques psychologiques dus à la désocialisation. Voilà pourquoi le gouvernement répugne à imposer un reconfinement radical avec fermeture des écoles et envisage même de rouvrir partiellement les universités.

On ne peut que se réjouir de voir le bien-être subjectif et la santé mentale entrer officiellement dans les objectifs du gouvernement. Cette politique à trois piliers n’est d’ailleurs pas l’apanage de la France ; elle est le propre des démocraties les plus attentives. Espérons qu’un jour, avec le recul du temps, nous serons heureux d’être des citoyens de ces sociétés.